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Un faux pas dans la vie d'Emma Picard

d'après le roman de Mathieu Belezi​

adaptation pour la scène : Emmanuel Hérault & Marie Moriette
mise en scène & scénographie : Emmanuel Hérault
musique : Emmanuel Hérault & Marie Moriette
interprétation : Marie Moriette
costume : Stéphane Puault
lumière : Sébastien Piron
durée : 1H20

Mais avant de me taire, il faut que je dise dans quel enfer on nous a jetés, nous autres colons, abandonnés à notre sort de crève-la-faim sur des terres qui ne veulent et ne voudront jamais de nous

Ce spectacle est né d’une double rencontre avec le roman Un faux pas dans la vie d’Emma Picard et avec son auteur, Mathieu Belezi. Tout le processus de création, de l’adaptation du roman jusqu’à la finalisation du spectacle, est mené dans un dialogue constant avec l’auteur.

LE ROMAN​

Un faux pas dans la vie d’Emma Picard est le troisième roman d’une tétralogie consacrée à l’histoire de familles françaises en Algérie (C’était notre terre, Les Vieux Fous, Un faux pas dans la vie d’Emma Picard, Attaquer la terre et le soleil — pour ce dernier roman, Mathieu Belezi a reçu le prix Le Monde 2022 et le prix du Livre Inter 2023).
Dans les années 1860, pour échapper à la misère en France, Emma Picard, paysanne, veuve et mère de quatre fils, accepte de partir en Algérie cultiver vingt hectares de terre que lui octroie le gouvernement français.
Après quatre années de labeur infructueux, de deuils et de catastrophes naturelles, elle s’assied près de Léon, le plus jeune de ses fils, blessé, et fait le récit — lyrique et poignant — de son combat permanent pour la survie.
Le récit qu’Emma fait de sa vie et de ses épreuves est parsemé de questions par lesquelles elle tente vainement d’impliquer Léon dans un impossible dialogue et qui nous ramènent constamment à la situation douloureuse d’une mère qui veille son enfant souffrant.
Dans ce monologue, livré d’un trait comme en un expir, Emma Picard se raconte et dresse le portrait d’une femme de condition modeste au XIXème siècle.

moi qui ai eu le malheur d’écouter ce qu’un homme à cravate assis derrière son bureau de fonctionnaire me conseillait de faire pour sortir du trou dans lequel je me débattais depuis la mort de Gustave, le fermier choisi par mon marieur de père

qui aurait osé me dire que le Dieu des chrétiens ne m’avait pas abandonnée?

QUI ES-TU EMMA PICARD ?

Colon par nécessité, Emma Picard est avant tout une paysanne. Son récit témoigne d’un rapport viscéral — sensible et poétique — à la nature, mais aussi au travail de la terre, qu’elle mène avec une détermination sans faille jusqu’à l’entêtement tragique.
Dès le début du récit, puis sous la forme d’un leitmotiv lancinant, Emma Picard se désole de sa propre naïveté, estimant s’être fait berner par les fonctionnaires du gouvernement français. Les phases d’espoir et de découragement successives au fil des épreuves endurées la laissent aussi peu à peu en proie au doute et à la colère face à la religion.

jamais je n’aurais pensé qu’une terre puisse nous faire autant de mal
je ne demandais pas grand-chose à la vie, qu’elle soit ici un peu meilleure qu’en France
est-ce que c’était trop demander?

LA TRAGEDIE UNIVERSELLE DES SANS-VOIX

Le texte de Mathieu Belezi s’inscrit dans la grande tradition d’une littérature qui donne une voix à celles et ceux dont on ne parle jamais et qui n’ont jamais la parole. En ce sens, il apporte un éclairage singulier sur l’histoire de la colonisation de l’Algérie. Femme, veuve, pauvre, à la merci des puissants, tentant désespérément de survivre dans des circonstances hostiles, Emma Picard est une héroïne tragique, emblématique de tous les laissés-pour-compte, qui nous interpelle par la dimension universelle d’une tragédie personnelle livrée dans l’intimité d’un soliloque bouleversant.

nous qui ne sommes pas riches, est-ce que nous avons jamais le choix?
nous n’avons eu, et nous n’aurons jamais le choix

A son arrivée en Algérie, Emma Picard est conduite sur ses terres par Mékika, un algérien qui choisit de rester avec elle et ses fils pour travailler à la ferme. Loin d’occulter le drame de la colonisation qui est omniprésent dans le récit, la relation qui se tisse entre Emma, ses fils et Mékika nous parle de solidarité dans la lutte pour la survie et de la fraternité des travailleurs de la terre.

regardant Mékika qui était tombé à genoux, et qui implorait Allah son Dieu tout-puissant, d’épargner nos vies si fragiles, si courtes, nos tristes vies de travailleurs de la terre

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DU ROMAN A LA SCENE

Tout en préservant les propriétés stylistiques du long monologue d’Emma Picard — que Mathieu Belezi décrit comme un lamento — nous nous sommes efforcés d’en restituer la bouleversante humanité.
Du fait de la situation d’Emma lorsqu’elle entreprend son récit (anéantie, assise sur une chaise), la mise en espace est nécessairement sobre. C’est donc essentiellement par les nuances et les subtilités de l’interprétation que l’on pourra amener le spectateur au plus près des émotions du personnage et que l’on fera entendre la beauté du texte.

Pourquoi?… Pourquoi?… Pourquoi?…
mais rien ni personne n’était capable de me répondre, au ciel comme sur la terre

Un faux pas dans la vie d’Emma Picard est en cours de réédition.
Pour découvrir les œuvres de Mathieu Belezi aux éditions LE TRIPODE, cliquer sur le logo.

REVUE DE PRESSE

En une heure vingt, Emma, admirablement incarnée par l’éblouissante et bouleversante Marie Moriette, nous dit avec force les différentes étapes de cette tragédie qu’elle subit depuis son arrivée au-delà de la Méditerranée (…). Dans un décor épuré, magnifiquement éclairée par les lumières de Sébastien Piron, Emma arrive dans le noir sur fond musical (Emmanuel Hérault et Marie Moriette). Puis elle apparaît comme éperdue dans une robe et un chemisier maculés de salissures et de sang (costume de Stéphane Puault). (…) Au bord de la folie, hantée par les bruits, nous fixant droit dans les yeux, elle va dérouler avec force et lyrisme tous les épisodes douloureux qu’elle a traversés : de la terre indocile aux récoltes dévastées par les orages de grêle, par le sirocco ou par les invasions de sauterelles. C’est un des moments les plus impressionnants de la représentation tant le jeu de Marie Moriette est d’une force incroyable. (…) Emma est la représentante des damnés de la terre subissant la double peine d’être une femme et d’être misérable. Pourtant dans ce désastre, dans ce désert hostile, des rencontres sont comme des lumières d’humanité. (…) Elle découvre également le dénuement extrême et inhumain que subissent les habitants « indigènes » (…). Le metteur en scène, Emmanuel Hérault, réussit à travers le texte de Mathieu Belezi à nous dévoiler avec le témoignage d’Emma la supercherie de l’Empire colonial. (…) L’objectif est atteint. Il faut aller voir ce spectacle en tous points fascinant et d’une grande intensité émotionnelle.
Frédérique Moujart — SNES-FSU

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La mise en scène d’Emmanuel Hérault, d’une belle sobriété, est centrée sur cette femme terrassée qui veille sur son petit couché dans son lit d’enfant. (…) Portant en elle toute sa culpabilité, cette mère courage déballe à ce tout petit lit tout ce qu’elle a sur le cœur. Marie Moriette fait résonner avec une intensité poignante la belle supplique de cette femme au cœur brisé, au corps usé par le travail, à l’espérance vaincue.
Marie-Céline Nivière — L’œil d’Olivier

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Un récit poignant et porté avec force et subtilité par la magnifique comédienne Marie Moriette (…) Ce spectacle résonne longtemps en nous.
Marina Glorian — Fille de Paname

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Portée par une interprétation intense de Marie Moriette (…) le spectacle fait le choix judicieux de la sobriété. La langue, à la fois lyrique et profondément terrienne (…) vibre et prend ainsi toute la place pour donner à entendre le destin tragique de cette « vie minuscule » qui rencontre et participe à la grande histoire.
Ysé Sorel — i/o La gazette des festivals

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La Compagnie Okeanos propose une adaptation poignante du roman de Mathieu Belezi (…). Ce seul-en-scène bouleversant est à ne pas manquer.
ACHAC — groupe de recherche sur les représentations, les discours et les imaginaires coloniaux et post-coloniaux

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Sur le plateau, Marie Moriette, magistrale, tient le public en haleine dès les premières minutes. Elle incarne avec une rare finesse de jeu, parfaitement dirigée par Emmanuel Hérault, tout le cheminement de la pensée de cette femme courageuse qui se bat jusqu’au dernier instant. (…) Elle délivre magnifiquement le texte d’une grande force de Mathieu Belezi (…). Les costumes très réussis de Stéphane Puault et la lumière précise de Sébastien Piron complètent parfaitement les choix artistiques judicieux d’Emmanuel Hérault.
Un formidable spectacle dont on sort sonné, porté par une prestation de comédienne impressionnante.
Nicolas Arnstam — Froggy’s delight

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Marie Moriette s’appuie sur un jeu naturaliste mais qui reste sobre et réussit à faire passer ce long soliloque exacerbé qui est aussi un dialogue avec la mort et la folie, sans tomber dans l’excès ni dans le timbre froid du récitant. (…) on suit avec attention le récit de ce chemin de croix jusqu’à son dénouement. (…) Le dispositif qui l’environne est simple, mais lumière et musique sont distillées à bon escient. Le tableau est sensible et s’inscrit dans l’esthétique populaire et revendicatrice de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle d’un Courbet ou d’un Zola.
Louis Juzot — Hotello

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Le parcours d’une paysanne en Algérie durant la colonisation (…) l’histoire d’une désillusion (…). Coup de poing.
Fabrice Michelier — Var-matin

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L’adaptation est fluide, la mise en scène minimaliste est servie par Marie Moriette, une comédienne qui nous amène au plus près de l’émotion de cette femme courageuse. Un spectacle d’une grande humanité donnant enfin à faire entendre les «sans voix» victimes de la tragédie coloniale.
Spectacle recommandé.
Jean Louis Rossi — LICRA

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La mise en scène minimaliste laisse la première place au monologue d’une rare intensité dramatique (…) Cette création d’une vive sensibilité prolonge l’effort de Mathieu Belezi pour faire revivre au public une vérité historique tragique, trop longtemps ignorée ou déformée.
Angèle Lucioni — La Provence

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PAROLES DE SPECTATEURS

Bravo pour votre magistrale performance et pour cette incarnation si prenante.
Merci infiniment.

Thibault

Quelle humanité ! Quelle puissance d’évocation avec juste la présence exceptionnelle de cette incroyable comédienne…
Merci et bravo.
Claire et Guillaume

Une actrice portée et habitée par son rôle qui vous donne les frissons tant son interprétation est bouleversante !
Un magnifique moment de théâtre.

Jean

Magnifique texte, superbement interprété. Que de qualificatifs il faudrait pour rendre compte de l’émotion qui nous tient de bout en bout.
Merci pour ce très bon moment.
Jean-Paul

Merci beaucoup pour ce récit transmis avec une très forte émotion.
Difficile travail que cette adaptation de ce roman superbe. Merveilleusement réussi. Nous sommes captés par votre énergie et votre émotion.

Paul

Très fort. Très intense. Merci et bravo.
Claire

Votre récit me touche et m’interroge car mes ancêtres sont partis comme colons à cette époque en Algérie. Ont-ils vécu ainsi ?
Merci de m’avoir mis pour quelques instants dans leur vie.
Anne

Très belle adaptation d’un magnifique roman. Bravo. Beaucoup d’émotion.
C.D.

A PROPOS DU TEXTE

Un roman bouleversant, d’une écriture éblouissante.
Guy Duplat — La Libre Belgique

Seule demeure vivante en elle la capacité de dire, d’opposer aux mécaniques dont elle est le jouet une puissance d’affirmation de soi-même, que le style souvent éblouissant de Mathieu Belezi, mélodie syncopée, déchirée de dissonances, rend vibrante et proche.
Florent Georgesco — Le Monde

Plus qu’une performance littéraire de haute volée, une façon révolutionnaire de reprendre le récit historique. Sans commentaire, ni intervention d’auteur. En laissant simplement parler, dans le sillage de Faulkner, un être à la vision limitée dans un monde qui lui échappe. Le résultat est superbe et bouleversant. Accusateur comme jamais peut-être auparavant.
Jean-Claude Lebrun — L’Humanité

Ce roman, c’est d’abord une écriture. Une forme qui se dit, à haute voix, comme un conte lors d’une veillée (…) Ce roman, c’est un cri (…) Ce roman, c’est aussi le dévoilement de ce qui apparaît comme un tabou dans l’histoire de France.
Jean-Claude Vantroyen — Le Soir

Un grand chant panthéiste, comme Giono en composa pour la Provence. Une magnifique célébration claudélienne de la terre d’Afrique et de ses divinités maléfiques, acharnée à repousser les hommes venus d’ailleurs.
Etienne de Montety — Le Figaro

Le lecteur, ébloui par la puissance du récit, la musique entêtante de ce long soliloque aux accents bibliques, regarde dans le silence surgir les images.
Michel Abescat — Télérama

Interview de Mathieu Belezi
lauréat du Livre Inter 2023
pour son dernier roman
Attaquer la terre et le soleil

Merci à toute l’équipe du théâtre Transversal à Avignon !
…qui nous a accueillis en résidence de création.

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