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CRÉATION EN COURS

Je ne suis plus une jeune femme, mais je suis encore sauvage… Les femmes des Corinthiens me font l’effet d’être des animaux domestiques bien apprivoisés… [Médée]

MÉDÉE

ou
LE PROCÈS DE LA FEMME NATURELLE

adaptation pour la scène du roman Medea Stimmen de Christa Wolf

adaptation : Marie Moriette & Emmanuel Hérault
mise en scène & scénographie : Marie Moriette & Emmanuel Hérault
distribution : en cours
chorégraphies : Carole Quettier
costumes : Stéphane Puault
lumières : en cours
musique : Marie Moriette & Emmanuel Hérault

théâtre contemporain   •   durée : 1H30

Figure majeure de la mythologie grecque, abondamment représentée dans les arts au fil des siècles, Médée s’est imposée dans l’imaginaire collectif comme un archétype de monstre infanticide. Pourtant, cette assimilation du personnage à un crime universellement condamné procède d’un choix littéraire tardif dans l’histoire du mythe. Les recherches en histoire des mythes ont montré que les premières occurrences du personnage de Médée ne comportaient aucune évocation du double infanticide passionnel auquel elle est désormais irrévocablement associée. C’est l’auteur grec Euripide qui, le premier, a fait de Médée un monstre sanguinaire.
S’appuyant sur des recherches universitaires rigoureuses, l’auteure est-allemande Christa Wolf a publié en 1996 une version du mythe de Médée qui prend le contre-pied de la version officielle, héritée d’Euripide et jamais remise en question jusqu’alors. Outre qu’il propose une vision différente d’un personnage marquant de la culture commune, le texte de Christa Wolf est sous-tendu par des questionnements et des perspectives culturelles et philosophiques essentielles : opposition matriarcat-patriarcat, obsession du pouvoir et de l’accumulation de biens, fabrication d’un bouc-émissaire, écriture de l’Histoire et propagande…
C’est cette version alternative que nous avons choisi d’adapter pour la scène… 

L'AUTEURE

Christa Wolf (1929-2011) est considérée comme l’une des plus grandes auteures de langue allemande. Elle reçoit en 1980 le Prix Georg-Büchner, la plus haute distinction littéraire allemande, et par deux fois le Prix national de la RDA.
Dans son œuvre transparaissent ses angoisses sur la nation, l’avenir du vivre ensemble allemand, mais aussi ses nombreuses interrogations sur le rôle de l’écrivain et l’engagement politique. Jeune femme au sortir de la guerre, c’est par idéal qu’elle choisit de rester en RDA et d’adhérer au Parti communiste, et bien qu’elle critique les autorités du pays, elle n’a jamais renié son attachement à «l’autre Allemagne». Sa rupture avec le pouvoir viendra plus tard : en dépit de son attachement à l’idéologie communiste, elle s’érige contre la subordination des artistes au diktat du parti. En 1976 notamment, elle proteste contre l’expulsion de RDA du poète et compositeur contestataire Wolf Biermann. Plus tard, elle dénoncera la catastrophe nucléaire de Tchernobyl.
Des révélations en 1993 sur ses contacts avec la Stasi au tout début des années 60 entachent son image. La presse l’accable. Dans son roman Medea Stimmen, elle répond indirectement à ses détracteurs en recourant à l’histoire ancienne et “libère Médée des accusations qui pèsent sur elle depuis Euripide” tout en explorant les structures de la diffamation et du refoulement, ainsi que la stratégie du bouc émissaire dans une société en crise. Elle offre une perspective anthropologique et historique unique sur les rapports entre le patriarcat et le matriarcat à l’aube des civilisations.

Seule la rage contre autrui leur permet d’atténuer leur peur. [Médée]

NOTE D'INTENTION

Par sa construction singulière, sans narrateur et composé de onze monologues indépendants prononcés par six voix distinctes, ce roman se prête admirablement à une adaptation pour la scène. Bien qu’elles donnent chacune leur propre version de l’histoire, les différentes voix qui s’élèvent ici nous décrivent toutes, parfois malgré elles, une Médée fidèle à l’étymologie de son nom [Mêdomai : celle qui invente, médite, pense… d’une part, et Médéau celle qui prend soin, protège… d’autre part]. Par la subtilité de son art, Christa Wolf fait dire à ces voix comment et pourquoi cette figure bienfaisante a été stigmatisée comme une furie, une sorcière assoiffée de vengeance et une meurtrière : cette femme libre, en quête de vérité, qui soigne et qui se considère comme l’égale des hommes, représente une telle menace pour un pouvoir patriarcal garant de l’immobilisme d’une société fondée sur le mensonge qu’elle doit être exclue et devient donc le bouc émissaire idéal pour un pouvoir en crise.
En réhabilitant la figure archaïque de Médée, Christa Wolf prend à contre-pied les représentations officielles et montre que l’histoire de Médée est l’histoire d’une diffamation. En effet, dans les premières versions du mythe, Médée n’était ni fratricide ni infanticide, c’est Euripide qui en a fait l’héroïne monstrueuse qui s’est imposée dans l’imaginaire collectif. Sous la plume de Christa Wolf le mythe de Médée prend une dimension universelle, intemporelle, philosophique et politique, et apparaît comme l’archétype emblématique d’une civilisation matristique. Elle montre comment une société autoritaire — en l’occurrence fondée sur la médiocrité, le mensonge et le crime — doit écraser la vérité, la liberté, le libre-arbitre et les liens sincères pour assurer sa pérennité. Elle dénonce le mensonge dans toutes ses déclinaisons (intra-personnel, social, politique), et elle pose les questions de la conscience, de la pensée critique et de l’affirmation de soi face aux dangers du conformisme.
Medea Stimmen est à la fois une ode à la femme libre et accomplie dans un contexte hostile de tyrannie patriarcale, et un plaidoyer pour une société idéale fondée sur l’intégrité, le respect (de soi et des autres), et l’harmonie avec la nature. Autant de thèmes essentiels qui entrent singulièrement en résonance avec les problématiques sociales et politiques contemporaines.
Les exigences propres à une adaptation pour le spectacle vivant nous conduiront à un travail conséquent de réécriture et d’agencement dramaturgique qui nécessite une phase importante de recherche et d’explorations.

La cité est fondée sur un forfait. Qui révèle ce secret est perdu. [Médée]

Scénographie & perspectives de mise en scène

Dans le texte de Christa Wolf, les différentes “voix” qui s’expriment sont énoncées en des lieux et à des moments différents. Notre lecture du texte met en exergue la condamnation abusive et hautement symbolique de Médée — qui apparaît ainsi victime d’un procès en diffamation. En effet, les voix qui s’élèvent pour donner chacune sa version de l’histoire concourent, parfois malgré elles, à laver implicitement Médée des crimes dont on l’accuse puisque, même lorsque le témoignage se veut “à charge”, le simple énoncé de la vérité rend évident le caractère fallacieux des accusations et disculpe Médée. Le projet est à l’état embryonnaire. Nous envisageons une scénographie épurée afin de focaliser l’ensemble du dispositif scénique sur le corps et la parole des personnages tout en prenant soin de marquer l’opposition symbolique entre les cultures colchidienne et corinthienne, qui sont elles-mêmes représentatives de deux conceptions radicalement distinctes de l’existence. Nous sommes en réflexion quant à l’utilisation de vidéos projetées.

Mais j’éprouvais en même temps le fardeau du destin de Médée et de la pitié pour les Corinthiens, ces malheureux égarés qui n’avaient su se débarrasser de leur peur de la peste, des présages célestes menaçants, de la famine et des abus du palais qu’en les rejetant sur cette femme. Tout est si transparent, cela crève les yeux, il y a de quoi devenir fou. [Leukos]

Costumes • ChorégraphieS • Lumières

La conception des costumes, des chorégraphies et des lumières est en phase de gestation. Elle s’inscrit dans un processus d’étroite interaction et de création collective, dans la perspective d’une esthétique globale, cohérente avec les choix dramaturgiques induits par l’adaptation du texte pour la scène…

Les costumes auront une fonction sémantique et symbolique en exprimant le rapport des personnages à la nature et à la liberté en deux visions distinctes voire opposées et, de ce fait, distingueront deux groupes de personnages selon qu’ils sont ou non en adéquation avec la sensibilité de Médée.

Le travail sur le corps occupe une place prépondérante dans notre approche artistique. La gestuelle des personnages ainsi que les mouvements d’ensemble sont considérés comme partie intégrante de la mise en scène et seront travaillés avec la chorégraphe.

Dans un espace épuré, le travail de la lumière revêt une importance particulière puisqu’il contribue à sculpter l’espace et à marquer les changements de séquences, de temporalité ou de lieux. La création lumière sera donc conçue en étroite corrélation avec la progression dramaturgique.

Croquis de costumes (non définitifs)

MUSIQUE & CONCEPTION SONORE

Pour notre adaptation de Médée, nous composerons une musique originale, constituée de pièces instrumentales d’inspiration traditionnelle ou contemporaine mêlant des sonorités acoustiques, électriques et électroniques, ainsi que d’ambiances ou d’effets sonores. Outre le travail sur la variété des timbres, la diversité des sources d’inspiration (musiques tribales, sonorités traditionnelles ou modernes…) permettra d’évoquer la divergence des cultures dans leur rapport rapports à la réalité.

Merci aux srtuctures qui accueillent ce projet en résidences de création….

Théâtre Transversal – Avignon